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Jean-Yves Chaperon
L'info sans frontières (12/06/02)

Textes et son © RTL.fr

Encore un sommet mondial contre la faim

Un sommet mondial de l'alimentation se tient en ce moment à Rome, mais on peut dire que les précédentes réunions de ce genre n'ont guère été couronnées de résultats au bénéfice des 800 millions de personnes qui souffrent de la faim.

C'est un peu le sommet des promesses non tenues… Il y a six ans, une première assemblée du même genre s'était engagée à réduire de moitié le nombre des personnes sous-alimentées dans le monde d'ici l'année 2015. Très vite, cette date butoir a dû être repoussée d'au moins vingt ans, ce qui aboutit à une durée au moins du double de ce qui était prévue par les experts et les pays riches. C'est soit une bévue, soit un terrible échec, dont aucun gouvernement ne se remettrait, mais passé en fin de compte assez inaperçu... Malgré tout, ce sont les mêmes qui se sont remis à l'ouvrage cette semaine, sans que l'on entrevoit des raisons nouvelles de les voir réussir là où ils avaient échoué. Comment en serait-il autrement alors que les grandes puissances et autres instances mondiales continuent de promouvoir sans vergogne les mécanismes qui engendrent les catastrophes alimentaires?
Oui, les grands promoteurs de l'extrême libéralisme planétaire avaient programmé une sorte d'âge d'or, un bonheur universel né du libre échange, et c'est l'inverse qui s'est produit, en particulier parce que les pays riches sont les premiers à ne pas respecter la parole donnée, en appliquant des taxes douanières pour se protéger, en subventionnant leur agriculture au-delà de toute morale concurrentielle, et au delà de toute logique économique. Un chiffre, un seul : quand les nations développées accordent chaque année une aide de 50 milliards de dollars aux pauvres, elles imposent en même temps des barrières douanières qui coûtent le double aux mêmes qui essaient d'écouler leurs marchandises. Sans une approche ouvertement politique du drame alimentaire, il est à craindre que toute l'affliction du monde et les réunions internationales qui l'accompagnent ne soient que tartufferie. Tiens d'ailleurs, lundi soir à Rome, un grand dîner officiel a ouvert ce sommet de l'alimentation. On y a servi aux invités officiels, et on a peine à le croire, foie gras et langouste... Ce n'est plus de la tartufferie, c'est de l'impudeur ou même de la vulgarité.

 

 

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