Encore
un sommet mondial contre la faim

Un
sommet mondial de l'alimentation se tient en ce moment à
Rome, mais on peut dire que les précédentes
réunions de ce genre n'ont guère été
couronnées de résultats au bénéfice
des 800 millions de personnes qui souffrent de la faim.
C'est un
peu le sommet des promesses non tenues
Il y a six ans,
une première assemblée du même genre s'était
engagée à réduire de moitié le
nombre des personnes sous-alimentées dans le monde
d'ici l'année 2015. Très vite, cette date butoir
a dû être repoussée d'au moins vingt ans,
ce qui aboutit à une durée au moins du double
de ce qui était prévue par les experts et les
pays riches. C'est soit une bévue, soit un terrible
échec, dont aucun gouvernement ne se remettrait, mais
passé en fin de compte assez inaperçu... Malgré
tout, ce sont les mêmes qui se sont remis à l'ouvrage
cette semaine, sans que l'on entrevoit des raisons nouvelles
de les voir réussir là où ils avaient
échoué. Comment en serait-il autrement alors
que les grandes puissances et autres instances mondiales continuent
de promouvoir sans vergogne les mécanismes qui engendrent
les catastrophes alimentaires?
Oui, les grands promoteurs de l'extrême libéralisme
planétaire avaient programmé une sorte d'âge
d'or, un bonheur universel né du libre échange,
et c'est l'inverse qui s'est produit, en particulier parce
que les pays riches sont les premiers à ne pas respecter
la parole donnée, en appliquant des taxes douanières
pour se protéger, en subventionnant leur agriculture
au-delà de toute morale concurrentielle, et au delà
de toute logique économique. Un chiffre, un seul :
quand les nations développées accordent chaque
année une aide de 50 milliards de dollars aux pauvres,
elles imposent en même temps des barrières douanières
qui coûtent le double aux mêmes qui essaient d'écouler
leurs marchandises. Sans une approche ouvertement politique
du drame alimentaire, il est à craindre que toute l'affliction
du monde et les réunions internationales qui l'accompagnent
ne soient que tartufferie. Tiens d'ailleurs, lundi soir à
Rome, un grand dîner officiel a ouvert ce sommet de
l'alimentation. On y a servi aux invités officiels,
et on a peine à le croire, foie gras et langouste...
Ce n'est plus de la tartufferie, c'est de l'impudeur ou même
de la vulgarité.