Antéchrista. Amélie Nothomb
Quelques jours plus tard, à l'université, Christa vint me chercher d'un air lassé.
— J'ai promis à tes parents de te présenter à mes amis, dit-elle.
— Tu es gentille mais je n'y tiens pas.
— Tu viens, je n'ai pas que ça à faire.
Et elle m'entraîna par le bras. Elle me jeta vers un conglomérat de grands abrutis :
— Les gars, c'est Blanche.
Personne ne me remarqua, pour mon soulagement. Ça y est : j'étais présentée.
Christa avait accompli son devoir. Elle me tourna le dos et se mit à parler avec d'autres. J'étais debout, seule parmi sa bande ; mon malaise était palpable.
(…)
La nuit du lundi, dans ma chambre, je demandai à Christa :
— Parle-moi de Detlev.
J'avais peur qu'elle me sorte un : « Ça ne te regarde pas ! » dont elle avait le secret.
Mais non ; elle regarda le plafond et dit d'une voix lointaine :
— Detlev... Il fume. Avec beaucoup de classe. Il a de la gueule. Grand, blond. Quelque chose de David Bowie. Il a un passé : il a souffert. Quand il entre quelque part, les gens se taisent et le regardent. Il parle peu, sourit peu. Le genre qui ne montre pas ses sentiments.
Ce portrait de beau ténébreux me parut du dernier ridicule, sauf un détail qui avait retenu mon attention :
— Il ressemble vraiment à David Bowie ?
— Surtout quand il fait l'amour.
— Tu as déjà vu David Bowie faire l'amour ?
— Ne sois pas bête, Blanche, soupira-t-elle, excédée.
Il me semblait pourtant que ma question était logique. Sans doute pour se venger, elle me lança :
— Toi, évidemment, tu es vierge.
— Comment le sais-tu ?
Question idiote. Elle pouffa. J'avais encore perdu une fameuse occasion de me taire.
— Il t'aime ? demandai-je.
— Oui. Trop.
— Pourquoi trop ?
— Tu ne sais pas ce que c'est, toi, d'avoir un type qui te regarde comme si tu étais une déesse.
(…)
Et elle éteignit la lumière, histoire de signifier qu'elle voulait dormir, à présent.
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